Les Canaries, Capt Vert, Ste Lucie (suite)

Mercredi 28 Novembre 2007

 

3e Jour Ce matin grand soleil. Toute la nuit, le bateau a suivi sa route, sans réglage particulier, vent et mer réguliers... du NE pour 20 nœuds.. L'idéal ! Le génois est tangoné sur tribord, et j'ai placé une contre-écoute sur la bôme sur bâbord. On est ainsi en sécurité. Si un départ au lof survient, le vent va juste prendre «à contre» dans le génois, et c'est tout ! Le moteur tourne depuis 4h, pour recharger les batteries.Hier soir rizotto, avec les moyens du bord, mais avec du riz quand même.

 

Durant la nuit, les quarts se passent parfaitement bien... le plus pénible étant celui de 2h à 6h.

Le bateau roule pas mal, me projetant sur ma couchette d'un bord sur l'autre. Mais je dors quand même, bien calé entre mes sacs à voiles!... J'ai même rêvé que Christiane et les enfants me disaient où il me fallait planter le gazon dans le jardin... "Non papa ! pas là.. ça bouge de trop !! et dans ma tête je n'arrivais pas à tenir debout !

 

Il reste 1830 nautiques à courir sur les 2086 au départ. A 140 nautiques par jour... je vais perdre mon pari moi...

 

Je viens de prendre une bonite. Repas de ce soir assuré !

A propos des repas, j'ai droit au porridge le matin... (que je prend salé, alors que Max et Alan se régalent à le prendre avec du miel... beurk!). Vers midi, on grignote, et c'est le soir que nous nous faisons un bon repas copieux. Enfin... plus copieux que bon... Mais le bateau n’a pas d’étoiles de grand chef. Alan est gourmand. Il pique du chocolat en cachette ! Tiens lui aussi ?

 

 

 

jeudi 29 Novembre 2007 - 4e Jour

 

J'ai pris mon quart de 22h à 2h du matin. La lune s'est levée derrière nous vers 23h. Quelle clarté ! Orion, à nos 7 heures, était superbe ! On pouvait même apercevoir dans ce noir lumineux les escadrilles de poissons volant surfant au ras de l’eau, fuyant à l'approche de l’étrave. Ça grouillait de partout ! Il y a de la vie qui se manifeste partout, sans arrêt ! Même des oiseaux, sorte de grosses hirondelles, volent très près de l'eau sans donner un seul coup d'ailes. Elles profitent des ascendances créées par les vagues, et reviennent avec de grands virages à forte inclinaison, l'aile basse touchant parfois l'eau, comme pour y prendre appui... Mais où dorment-ils, où se reproduisent-ils... alors qu'ils sont à plus de 1000 km de la première terre ?

 

Cette nuit, nous avons franchi le 30e méridien Ouest. Je décide donc de changer l'heure locale du bateau. Ce sera TU -2. Tiens ça fait 3 heures de décalage avec l'heure de la maison, où Christiane a trois heures d'avance ! (là-bas, ils sont à TU +1)

 

La bonite, avec du riz était un régal !

Il nous reste 1676 Miles à courir !

 

Nous avons fait une timide tentative avec le spi, en le gardant une heure. Mais mes équipiers ne réagissent pas assez vite et on a commencé à se faire des noeuds. J'ai rapidement tout fait enlever. Ce n'est pas le moment de se faire une «double couille» dans l'étai ! C'est plus sûr avec le génois tangoné. Nous ne sommes pas en régate.

 

20h - Ce soir la nuit est très très noire. Des nuages lourds, parfois pluvieux. Pas de lune. On ne voit plus la mer, tout est noir ! noir de chez noir ! Juste 3 sillages lumineux à l'arrière qui s'allongent et disparaissent dans le néant en s'éloignant. Et dans ce sillage mourant, des lumières qui flashent plus ou moins profondément comme un court-circuit. Ce frétillement électrique dure 3 ou 4 secondes, et parfois très loin du bateau. Très curieux, presque irréel. Cela donne l'impression qu’à notre passage, on a dérangé des trucs qui dormaient, et qui s'ébrouent en émettant des flashs électriques en se réveillant.

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16 jours plus tard....

Mercredi 12 Décembre 2007 - 17e Jour

 

La nuit s'est bien passée, bien que le vent soit monté à 30 nœuds. Je crains pour le mât, la mer est grosse, nous offrant des surfs à 10 nœuds. Prenant mon quart à 2h du matin, je monte dans le cockpit, salue Max qui était de quart et l'invite à aller se coucher. Je m'assoie sur la banquette. Et là, une vague plus gourmande que les autres nous «bouffe le cul», inondant le cockpit, m’immergeant dans l’eau jusqu'à la taille. Un peu d'eau entre dans le carré. Réveil sympa par un bain de siège ! Mais le hublot de ma cabine est fermé.

 

Et puis peu importe : on arrive cette nuit. Il va falloir attendre le jour pour se défaire de cette belle bulle d’air dans l'étai.

 

21h30 : Ça sent l'écurie... Nous arriverons donc de nuit ... ce sera plus discret... Devant nous, sur la droite, on aperçoit le halo lumineux de la Martinique.Peu à peu, les lumières des voiliers qui ont traversé comme nous, convergent vers notre but.

 

Nous contournerons le cap au nord de l'île Ste Lucie, et entrerons dans la baie. Pas question d'entrer dans le port avec cette bulle de spi ! Alan arrive à avoir Jacky au bout du fil. Elle l'attend au quai du ravitaillement.

 

On se prend comme accueil une belle rafale à 33 nœuds, avec une grosse pluie. Trempés ! 10 mn après, tout est sec...

 

Nous aurons donc mis 18 jours... Alan a perdu son pari... et moi aussi !

 

 

jeudi 13 Décembre 2007

 

Quelle nuit !

Nous arrivons donc de nuit dans la belle baie de Rodnay, immense, d’accès facile, large, accueillante, avec de gros bateaux au mouillage, et enfin à l'abri de la mer. Le port de plaisance et ses commodités se trouvent au fond de cette baie, accessibles par un étroit chenal. Pas question avec notre drapeau rond de nous rendre là bas. Mouillage, 40 m de chaîne par 5 m de fond sablonneux. J'ai toujours une confiance toute relative dans les mouillages.

 

Il semble tenir. Mais c'est sans compter avec de belles rafales à 30 nœuds qui se régalent avec notre bulle énergique dans l'étai..! Je doute de la solidité du mouillage et garde l'oeil... et prends mes repères, sur la ville.

 

Alan est pressé d'aller retrouver sa minette qui l'attend à l'embarcadère du gasoil, à 800 m du bateau. A peine le bateau ancré, (il est 2 h du matin), il gonfle l'annexe, et se rend à son rendez-vous, nous laissant Max et moi sur le bateau. Je propose à Max d’aller se coucher. Soucieux, je reste éveillé, dans le cockpit, à surveiller la bonne accroche du mouillage, surveillant mes repères sur la ville.

 

Après 10 minutes, ce que je craignais par-dessus tout survient. Une rafale à plus de 35 nœuds modifie mes repères. Le bateau est donc en train de chasser vers un autre bateau au mouillage derrière nous et la côte rocheuse derrière lui. Ces dangers se rapprochent. Allez hop ! branle-bas de combat. J'envoie Max de sa couchette à la baille à mouillage, pendant que je retiens le bateau au moteur, et on déplace le tout de manière à nous donner de la marge, un peu à l'abri d'une petite colline. On mouille, ça accroche, c'est plus calme. On tient bien. La bulle là-haut est moins puissante.

 

Alan revient, seul. Il n'a pas trouvé Jacky. A son retour, ne retrouvant pas le bateau là où il l'avait laissé, il a vite compris. Tout le monde étant éveillé, et l’endroit étant inconfortable, je décide de monter au mat et de tenter de défaire les noeuds là-haut. Il est maintenant 3 h du matin. Sans la houle, c'est possible ! Je m'harnache, et monte le long du mât, aidé et sécurisé par Alan et Max qui «moulinent» sur les winchs en bas. Des rafales de 30 à 35 nœuds surviennent avec des pluies glacées. Là-haut, tout est ficelé et bien serré. Depuis deux jours, le vent a eu le temps de bien serrer tout ça. De plus, je suis frigorifié par la pluie cinglante et le vent.

 

Ils me redescendent, et je décide d'attendre le jour. Et c'est à ce moment qu'Alan se rend compte que l'annexe n'est plus derrière le bateau. Le noeud de l’amarre que j'avais fait a lâché, et pourtant j'ai bien l'habitude de faire les noeuds... Mais le bout choisi par Alan pour son annexe était un peu raide, et avec les mouvements du bateau et du vent, il n'a pas tenu. Alan s'entête, il veut remettre en route pour aller chercher l'annexe que le vent a dû pousser vers le large, hors de la baie. Je refuse: pas question de faire quoi que ce soit avec cette bulle d'air dans le mât ! Il insiste et commence à prendre les dispositions pour remonter le mouillage. Je m’y oppose fermement: Finalement il obtempère au moment où je lui précise que si nous continuons comme cela, ce n’est pas que l’annexe que nous risquons de perdre, mais le bateau lui-même.

 

 

Nous voilà donc avec un bateau au mouillage, une bulle de spi à mi-étai, et sans annexe pour aller à terre.

 

On file sur nos couchettes et chacun réfléchit, en attendant le jour !

Pour moi, l'évidence est là. Il faut découper cette bulle au couteau. Il n'y a pas d'autre solution, et en essayant de ne rien casser. «Ça suffa comme ci» !

 

Le jour se lève et je trouve une astuce pour pouvoir travailler là-haut, tout le long de l'étai, là où sont les premiers noeuds. Je me fais hisser en haut du mât, je passe une cravate derrière l’étai, retenant ma chaise contre cette dernière. Ensuite, mes moulineurs en bas me laissent descendre doucement le long de l'étai, la cravate me retenant tout contre. Cela me permet de travailler les deux mains libres.

 

Après une bonne heure de boulot, et deux rincées glacées, nous arrivons a dégager le tout et libérer l'étai et l'enrouleur de génois. Le spi et sa chaussette sont en lambeaux.

 

Il est maintenant temps de nous engager dans la passe pour rejoindre le port de plaisance.

 

Finalement, la fin de cette traversée aurait pu être fêtée sur l’instant dans une ambiance plus festive. Mais je pense qu'on va rattraper cela ce soir.

 

En tant qu'auteur du noeud de l'annexe, je propose à Alan un petit dédommagement financier qu’il accepte. Les bons comptes font les bons amis. Ceci dit, il a du faire jouer l’assurance, mais il s’est bien gardé de me le dire, contrairement à ce qu’il s’était engagé à faire. Cet homme est très sympathique, mais un peu margoulin quand même.

 

Je suis resté à Ste Lucie 3 jours, le temps de trouver un avion pour rentrer !

Mais cette île merveilleuse m'a donné envie d'y retourner. Un jour prochain... qui sait ?

 

J’avais (enfin) réussi à faire MA transat.

 

Je ne savais pas encore qu’il allait y en avoir une autre.

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